Les lieux hybrides et les concept stores fleurissent. Souvent assez tendances, la plupart manquent d’authenticité. Ce n’est pas le reproche que l’on peut faire de la Maison Empereur, une institution marseillaise dont l’histoire -qui dure depuis 1827- est une histoire sans fin.

L’identité de la Maison Empereur

La maison empereur, une caverne d’Ali Baba

La Maison Empereur se caractérise par le foisonnement : d’objets proposés à la vente dans la boutique, par le dédale d’espaces qui la compose, et plus récemment par le type de programme qu’elle accueille, boutique, salon de thé, chambres d’hôtes, musée.

salle de bal restaurée en boutique

Une sélection de produits très exigeante

La boutique historique émerveille depuis 7 générations petits et grands ! On y trouve tout, et son contraire ! La multitude de produits à vendre a un point commun : le “bon design”, le design intemporel et éternel comme celui des verres Duralex et des cocottes Staub. La densité des objets présentés est due au fait que produit d’exposition et stocks sont mélangés et visibles des clients.

Le nombre de références disponibles, parfois saugrenue comme l’écrase-canard en argent, transforme la boutique en musée du design du quotidien “et dans lequel on peut se payer le luxe de rentrer chez soi avec une oeuvre”.

tasse à café traditionnelle

savon de marseille

Une localisation stratégique au coeur du quartier de Noailles en pleine mutation

En 2012, “l’authenticité”a le vent en poupe et Laurence, la gérante actuelle, flaire un changement dans sa clientèle. En effet, si elle compte toujours les habitués et fervents marseillais, les curieux se font de plus en plus nombreux dans le quartier de Noailles dont la réputation évolue avec le succès grandissant de l’herboristerie du Père Blaize, du magasin d’épices Saladin, et plus tard l’installation de l’Epicerie Idéale tenue par Julia Sammut. Le mois dernier, le New-York Times a d’ailleurs consacré un article à cette mutation qui parvient à ne pas écarter les habitants de toujours.

Dans ce contexte de développement du quartier, Laurence fait appel à MOA pour rénover et réorganiser la boutique. Le challenge est de taille. On n’intervient pas dans la plus vieille quincaillerie de France sans craindre de la dénaturer.

façade marron empereur

La rénovation de la Maison Empereur par l’agence MOA architectes

Un bâti existant peu commun

Le lieu est le résultat de plusieurs achats successifs de locaux mitoyens et en fait un “palimpseste troglodyte”. Le parti-pris des architectes et du maître d’ouvrage est intransigeant : il faut valoriser et “rendre intelligible l’existant, un bâti ancien et hétéroclite”.

Et, toujours aux côtés de MOA, son histoire continue. Après la rénovation de 2012, la Maison Empereur s’étend encore, propose de nouveaux services comme le salon de thé et le défi du respect de l’authenticité des lieux est toujours plus grand, au prix parfois de solutions techniques peu communes afin de préserver au maximum des éléments comme des planchers bois insalubres qui aurait été démolis dans bien d’autres circonstances.

mur en pierre, menuiseries en bois

La construction du projet de rénovation de la Maison Empereur

Le projet d’architecture s’est nourrie de la définition de l’identité visuelle de cet endroit hors du commun, à 4 mains avec l’architecte Julien et la gérante Laurence. Elle s’est donc dessiné autour de 4 axes :

  • une exposition d’objets rutilante
  • une colorimétrie chaude autour du célèbre “marron empereur” qui se rapproche du sépia
  • des matériaux bruts : pierre, bois, brique, chaux, acier et verre
  • un éclairage tamisé, volontairement très orienté vers les objets exposés

mur en pierres et fauteuil club

La philosophie de l’architecte Julien Monfort épouse parfaitement celle de la Maison Empereur

La rénovation de la maison Empereur illustre cette philosophie

Pour Julien Montfort, architecte, la conception d’un projet doit prendre en compte toutes les échelles : dimensions urbaine, architecturale, mais il prend aussi part aux réflexions sur le mobilier et le design du lieu. Pour la Maison Empereur, ce travail de la petite échelle et du détail était d’autant plus important qu’il fallait que l’image de marque indissociable de l’âme du lieu ne soit pas dénaturée.

C’est ce que l’extension livrée en 2017 révèle. Sur trois étages, Julien Montfort conçoit un café-musée. Parquet grinçant, odeurs de brocante, chaises et tables chinées, décoration d’époque. Les murs d’origine sont révélés dans leur aspect brut, laissant apparaître une belle pierre locale. Les menuiseries en bois et verrières ont été restaurées, et un escalier en colimaçon qui permet de rejoindre les étages.

Un véritable voyage dans le temps. Le musée expose des produits locaux, fabriqués par des entreprises avec lesquelles la Maison Empereur travaille depuis toujours.

escalier en colimaçon

Portrait de l’agence MOA

L’hédonisme, les plaisirs simples du quotidien nourrissent la maison Empereur mais aussi le travail et la vie de cette agence d’architecture généraliste et de ses collaborateurs.

Après avoir étudié l’architecture à Marseille et à Paris, Julien Montfort est à la tête de MOA Architecte, une agence qui comprend aujourd’hui trois associés et quatre salariés. Un petit effectif, mais dont le fondateur sait tirer la richesse. L’équipe se répartit les projets – principalement à travers la France – mais un dialogue s’instaure chaque semaine entre les collègues : chacun se nourrit ainsi des idées et des travaux des autres. Un travail de recherche que l’équipe mène également avec des collaborations avec les universités ou des laboratoires de recherche.

Cette quête continue de la vérité des choses est aspect primordial de la démarche architecturale de l’agence MOA. Si le projet de la maison Empereur peut sembler surprenant au regard de la production générale de l’agence, elle prend tout son sens lorsque l’on comprend leur philosophie commune.

mur à la chaux

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Photos : Philippe Piron + Maxime Molinari